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Hichem Djaït, à propos de philosophie de l’histoire

dimanche 20 avril 2008

Le Mercredi 13 février dernier, Hichem Djaït a été l’hôte du CERES pour présenter ses « réflexions sur la philosophie de l’histoire ». Il s’agit là d’un moment précieux, parce que rare, où l’occasion est donnée à un auditoire composé de chercheurs, d’étudiants et d’intellectuels, de pouvoir profiter de l’érudition d’un penseur authentique sur un thème qui a sans doute plus de liens avec l’actualité culturelle et idéologique dans nos contrées qu’il ne paraît à première vue.


Baccar Gherib

En effet, plusieurs de nos problèmes, aujourd’hui, sont aussi liés à la difficulté de s’émanciper d’une conception mythifiée de notre histoire. Et, de ce point de vue, la présentation de l’évolution de la conception de l’histoire, à travers l’œuvre de différents auteurs, s’avère un exercice salutaire.

De cette conférence riche et dense, nous avons extrait trois thèmes centraux. D’abord, celui du moment crucial de la philosophie allemande de 1770 à 1830 ; puis, du lien entre philosophie et théologie de l’histoire et, enfin, celui de la comparaison entre les théologies de l’histoire, chrétienne et islamique.

Ainsi, pour Hichem Djaït, la philosophie de l’histoire est un phénomène essentiellement allemand dont l’éclosion puis le développement peuvent être situés entre 1770 et 1830 – en gros entre la première œuvre de Herder et la mort de Hegel. Le premier élabore – contre les lumières françaises – une philosophie anti-rationaliste soulignant les irréductibles spécificités culturelles des nations. Quant à Hegel, il reste le grand et, peut-être, le seul vrai philosophe de l’histoire. Car il élabore un système qui identifie, sous l’écume de l’histoire, et à travers les différents âges de l’humanité, le développement de l’Esprit, du « concept qui prend conscience de lui-même ». Sa philosophie de l’histoire a eu, de manière indirecte, par le biais de Marx, une grande postérité. Car malgré le « renversement » matérialiste que ce dernier lui fait subir, il reste fortement imprégné par le système de Hegel et sa dialectique.

Le professeur Djaït a, ensuite, évoqué le lien entre la théologie chrétienne et la philosophie de l’histoire. Il est, en effet, évident que la conception chrétienne de l’histoire, comme une évolution linéaire entre le moment de la création et celui de la parousie (le retour du Christ à la fin des temps en vue du jugement dernier), rompt avec la conception cyclique du temps héritée de la pensée grecque et prépare en quelque sorte le terrain à une histoire linéaire, œuvre de la Providence.

Ainsi, il y eut la conception augustinienne de l’histoire, celle de Bossuet et celle de Vico qui inaugure le dix-huitième siècle avec sa science nouvelle (de l’histoire). Ce lien évident a mené Karl Schmitt à affirmer que l’idée même d’une philosophie de l’histoire est fondamentalement chrétienne. Dans son sillage, Karl Löwith a essayé de montrer que les philosophies de l’histoire ne sont en dernière analyse que des histoire du Salut entre le péché originel et la venue du Christ rédempteur.

Ceci a mené le professeur à affronter la conception de l’histoire propre à l’Islam qui existe dans le Coran. Cette dernière diffère de la conception biblique en ce que le péché originel y joue un rôle mineur – et, par conséquent, la rédemption aussi. Car, dans le Coran, Dieu crée l’homme comme son vicaire sur terre. Certes, la désobéissance de l’homme implique son expulsion du paradis et sa descente sur terre. Elle implique surtout le conflit entre les hommes – (baadhukom libaadhin aaduw) – qui représente de ce point de vue le moteur de l’histoire. De même, dans le Coran, c’est la puissance du mal qui mène les hommes à l’oubli de Dieu qui, pour cette raison, envoie régulièrement des messagers à toutes les communautés pour le Rappel.

Enfin, en bon historien, Hichem Djaït balaye d’un revers de main la notion de fin de l’histoire, en vogue depuis Fukuyama. Il se démarque aussi de la conception chère à l’école des Annales de l’histoire comme structure. Pour lui, l’histoire reste associée à la notion de conflit. C’est ce dernier qui fait sentir aux hommes la morsure de l’histoire !

Baccar Gherib

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