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Lettre de lecteur :

Carburant, ô mon carburant !

dimanche 2 novembre 2008

Heikel Ben Mustapha

Qui d’entre nous n’a pas enduré durant, toute l’année, le discours officiel sur la crise des carburants ? Depuis la chute du petro dollar, l’an dernier, et pendant ses variations qui avaient ponctué alors ladite crise : presse, panneaux publicitaires, journaux d’informations, émissions censées étudier d’autres problèmes sociaux plus sérieux et plus urgents ne voulaient parler que de cela, à un point tel que le Tunisien le plus désintéressé de la question a commencé à comprendre les rouages du mécanisme de hausse des prix.

Il est même devenu devin ! Par ce nouveau miracle multimédia (officiel), il pouvait à chaque fois anticiper les lourdes hausses de prix successives qui prennent toujours effet le soir (à minuit, pour être plus précis. Après tout, qui en parle ?). Ainsi, le citoyen, même celui qui, d’habitude, ne souffre pas directement de l’augmentation du prix des carburants, s’est vu se plaindre de cette folle flambée du coût du brut aussi bien à l’échelle internationale qu’a l’échelle locale. Il s’agirait d’un phénomène de catharsis. Car lorsqu’on demande à un proche parent ou à un copain de nous conduire un peu loin, il faut y réfléchir un peu sérieusement : il est un peu déplacé de lui proposer de payer le plein, et inversement si c’est la personne sollicitée qui le fait, Dieu sait que cela fait mal.

Toutefois, la campagne à laquelle se sont livrés nos médias officiels s’est amuïe, un peu comme par miracle. Depuis la baisse, sensible, du prix du brut, il n’y a plus personne qui en dit un mot (je parle bien sûr des canaux d’information officiels). Que le baril soit à 90 ou à 70 dollars, les techniciens de l’information ne veulent plus en parler (je suis embarrassé de ne pas pouvoir dire les professionnels, mais je pense que ces gens ont presque perdu la main, car ils n’ont ni le sens de l’initiative, ni le courage de réclamer une certaine liberté, seul garant de leur épanouissement professionnel).

Aujourd’hui, le brut est à 68$ et toute la population voudrait bien en parler. Car elle voudrait bien que, tout comme dans les pays importateurs de pétrole, notamment la Jordanie, il y ait une baisse du prix des carburants. Les discours que l’on peut entendre avancent des arguments de nature diverses et non inintéressants. Ainsi, certains pensent que si les prix baissent à l’échelle mondiale, il n’y a aucune raison qu’ils ne deviennent pas plus accessibles en Tunisie. A cet argument, certains autres, qui veulent surtout s’afficher en modérateurs de la société et opposent le contre argument que c’est une matière, comme tant d’autres, SUBVENTIONNEE et qu’il y a une surconsommation qui est, elle et elle seule, responsable de cette non baisse des prix des dérivés du pétrole.

Cela est certes vrai. Cependant, les arguments que je viens de passer en revue sont aujourd’hui peu convaincants. En effet, interrogeons-nous, pour commencer, sur les origines de la surconsommation. Dans ma petite naïveté, j’ai demandé à un voisin dont l’expérience dépasse la mienne à quoi cela était dû. La surconsommation de carburant n’est-elle pas, en grande partie, due, me répondit-il, à ce parc automobile de l’Etat, toujours en circulation, même les dimanches et sans ordre de mission ? Et ces directeurs qui bénéficient d’un quota de consommation sous forme de bons d’essence, parfois pharamineux, répartit-il, n’y sont-ils pas pour beaucoup dans les excès de consommation de carburant ? Ne parlons pas, continua-t-il, des voitures administratives, dont le contribuable paie la consommation au détriment de la nourriture de ses enfants, et qui conduisent les enfants de monsieur le directeur à l’école ou à la fac, consacrant ainsi le fossé qui sépare les gens du pouvoir et ceux qui le subissent dans l’espoir d’une accalmie possible ? Ces fonctionnaires, souvent aux pratiques peu orthodoxes, ajouta-t-il inquiet, ne vivent-ils pas réellement aux dépens de nous autres classes défavorisées ?

Quant à la question des prix des carburants, mon interlocuteur me dit tout bonnement, que si l’Etat offre une aide généreuse à la consommation des carburants lorsque le brut dépassait le cap des 100$, on aimerait bien nous autres bénéficier, maintenant que le baril ne dépasse pas les 70$, d’une petite faveur : « que les prix baissent, espéra-t-il, et qu’ils redeviennent ce qu’ils étaient il y a deux ans, date à laquelle le prix du brut étaient au seuil des 70$. Après tout, poursuivait-il, l’Etat prône bien la solidarité à travers le slogan ‘le Tunisien est solidaire de son frère Tunisien’ ﺍﻠﺗﻮﻧﺳﻱ ﻟﻟﺗﻭﻧﺳﻱ ﺭﺤﻤﺔ’ et l’on voudrait bien voir se matérialiser cette solidarité de l’Etat sous la forme d’aides à la consommation, notamment celle des carburants. Ou alors n’est-ce qu’un simple slogan valable en période d’élections ? Notre Tunisie, dont on nous dit souvent que certains pays, souvent occidentaux, l’envient, ne doit- elle pas baisser les prix des carburants maintenant que leur prix a baissé dans le cours mondial ?

Heikel Ben Mustapha

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