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Point de vue :

Quelques réflexions à propos de la crise économique

dimanche 2 novembre 2008

Abdelwahab Belhaj

En cette période de crise du système capitaliste qui, quelle qu’en soit l’issue à court terme, sera inéluctablement suivie d’une période de grave récession et donc d’une aggravation des conditions de vie des travailleurs de tous les pays et ne manquera donc pas de voir une montée des mouvements sociaux et politiques des classes défavorisées, il est tout à fait normal que l’on assiste à une résurgence de l’anti-communisme sous toutes ses formes et que les chantres du capitalisme se déchaînent contre le « spectre » qui les hante depuis le dix-neuvième siècle et qu’ils ont prétendu avoir définitivement enterré il y a plus de 15 ans, avec leur victoire contre la première expérience du socialisme réel et l’effondrement du système socialiste. Cet effondrement a des causes multiples qui restent à ce jour l’objet d’études et de recherches de tous les progressistes honnêtes pour tirer les leçons pour l’avenir et qui n’ont rien à voir avec les caricatures et les calomnies répandues par les ennemis du socialisme qui ne se gênent pas pour barrer d’un trait et condamner sans appel plus de six décennies de l’histoire de l’humanité.

Dans cette campagne, tous les procédés sont utilisés pour tromper les travailleurs et leur faire accepter les crimes du système capitaliste, ses horreurs et absurdités et ne leur laisser entrevoir aucune alternative à ce système moribond.

L’un des procédés les plus utilisés ces derniers temps est l’amalgame qui consiste à présenter les mesures prises par les gouvernements des grands pays capitalistes pour sauver le système au bord de la banqueroute comme étant des « mesures à caractère socialiste » sinon une application du socialisme lui-même. Ce subterfuge vise, à notre avis, deux objectifs simultanés : d’une part dénaturer le socialisme et, d’autre part, faire accepter à une partie des travailleurs mal informés ces mesures, sachant l’attrait naturel des idées du socialisme en général sur les classes défavorisées.

Des milliers de milliards de Dollars, fruits du travail et des sacrifices de certaines de millions de travailleurs à qui on refuse le moindre dollar d’augmentation de salaires en cette période de détérioration de leur pouvoir d’achat, que l’on prive progressivement mais inexorablement de tous leurs acquis sociaux, que l’on condamne de plus en plus à la précarité et à la misère, ces milliers de milliards de dollars offerts à l’appétit sans bornes et à la rapacité des banquiers, des monopolistes et des spéculateurs pour perpétuer un système parasitaire et caduc sont présentés par certains sans rougir comme un retour au socialisme ! Ils tentent, par tous les moyens, de convaincre les travailleurs et les peuples du « drame » vécu par les dirigeants Américains et Européens en prenant des décisions d’un « caractère anti-capitaliste radical et contraire à leurs principes libéraux dans le seul souci de sauver l’humanité de la pire de catastrophes ». Certains n’hésiteront pas, s’agissant de l’opération de sauvetage de l’AIG par la FED et le trésor américain de parler de « nationalisation sans contre partie » et de dire que comparé aux dirigeants de ces deux institutions « le président Vénézuélien Ugo Chavez est un pantin libéral vendu au grand capital : lui paie quand il nationalise ».

Par quel miracle une opération de sauvetage des banquiers et spéculateurs consistant à faire acheter par l’Etat aux frais des contribuables leurs actions pourries et sans valeur serait-elle une mesure socialiste ? D’autant plus que nous pouvons être sûrs que ces participations seront rétrocédées à ces mêmes banquiers ou à leurs confrères dès qu’elles auront repris de la valeur et seront de nouveau sources de profits juteux. Rien d’étonnant à cela : ce caractère parasitaire du capitalisme parvenu à son stade impérialiste a déjà été démontré et décrit par V. I. Lénine dans son œuvre magistrale et plus que jamais actuelle « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ».

Mais « les faits sont têtus » disait Lénine , et nos banquiers et économistes bourgeois sont obligés de reconnaître la justesse de toutes les prévisions du marxisme quant aux contradictions de leur système, son développement et ses crises, ils essaient d’écarter le cauchemar qui découle de cette vérité à savoir qu’à cette crise telle qu’elle se présente ils ne voient aucune solution dans le cadre du système et sont pris de panique à l’idée que la prévision du marxisme concernant l’inéluctabilité du socialisme en tant que seule alternative au capitalisme moribond puisse s’avérer aussi juste que la thèse de l’inéluctabilité de la crise générale de ce système.

Placé le dos au mur, le grand capital refuse de reconnaître ce fait, à savoir qu’il n’a aucune solution réelle pour sortir de cette crise et ne tient pas à ce que les travailleurs et les peuples en prennent conscience. Les uns cherchent des boucs émissaires et pointent du doigt « les responsables » de la crise qui seraient, selon eux, ceux qui ont accordé des milliards de crédits immobiliers sans véritables garanties. D’autres exigent de rendre le système financier plus « transparent », feignant d’oublier que l’une des bases du capitalisme est le sacro-saint principe du « secret commercial ». D’autres enfin parlent de « moraliser » le système, de le rendre « plus humain » feignant d’ignorer que la recherche du profit et toujours plus de profit, moteur même du capitalisme, ne peut être soumise à aucune morale.

Mais les plus conséquents refusent d’entendre parler de réformer quoi que ce soit et affirment n’être nuellement disposés à remettre en cause leurs « valeurs » du « capitalisme démocratique » ,de la « liberté d’entreprise » et de la liberté du marché, s’achant au fond d’eux-mêmes qu’aucun « Bretton Woods » n’est plus aujourd’hui en mesure de permettre au capitalisme de continuer à régner comme par le passé, ils sont conscients qu’il est moribond mais sont résolus à le maintenir même dans un coma aussi prolongé qu’ils le pourront, en utilisant des thérapies de choc, quitte à imposer à l’humanité les plus grands malheurs. En fait, pour les représentants les plus conséquents de cette classe parasitaire, l’humanité et les peuples n’ont aucune « valeur » en dehors du rôle qu’ils jouent dans la réalisation de leurs profits.

Dominante aux Etats-Unis qui se trouvent être la première puissance impérialiste, cette dernière catégorie se considère chargée d’une double mission : sauver le système, mais aussi maintenir la place dominante de l’empire américain qui est menacée, non seulement par la crise, mais aussi par les critiques et les appels aux « réformes » émanant de certains dirigeants européens et autres.

Face à cette crise, et dans un monde exclusivement dominé par l’impérialisme, les contradictions entre les différentes puissances et différents groupes impérialistes ne manqueront pas de revenir sur le devant de la scène, chaque groupe essayant de s’en sortir au détriment des autres. La bipolarisation ou la multi polarisation du monde qui se dessine et en laquelle certains placent l’espoir d’un monde « plus équilibré » n’est en fait qu’une esquisse d’une formation de blocs aux intérêts divergents, et qui portent en eux les plus grands dangers pour l’humanité.

Le nombre de pôles dans un monde dominé par l’impérialisme dépend des convergences d’intérêts et des alliances que les différents groupes constitueront à chaque étape pour résoudre les contradictions qui les opposent.

Ces contradictions se cristallisent aujourd’hui autour du problème de la prise de possession des richesses naturelles, et en particulier des ressources énergétiques qui vont en diminuant et dont le contrôle représente pour chacun non seulement le moyen de dépasser sa crise, mais aussi de dominer les autres.

Aux puissances impérialistes « classiques » : U.S.A, U.E, G.B et Japon sont venues se joindre, ces 2 dernières décennies, l’impérialisme russe, ainsi que la Chine engagée depuis 20 ans sur la piste glissante de l’économie de marché et qui n’a conservé du socialisme que le nom.

Toutes les guerres allumées ces derniers années de par le monde, du Moyen Orient à l’Afghanistan, de l’ex-Yougoslavie aux derniers événements du Caucase, sans oublier la multitude des guerres en apparence internes en Afrique et ailleurs, et dont ces puissances tirent en fait les ficelles, tournent en particulier et principalement autour de cet objectif de domination et de contrôle des richesses et des ressources en énergie, et risquent de n’être qu’un avant gout de ce qui attend les peuples dans un monde livré à la rapacité de ces impérialismes et que l’ancien système socialiste n’est plus là pour endiguer. Et encore une fois, nous ne pouvons que reconnaître la justesse de la thèse marxiste que « l’impérialisme porte en lui la guerre comme les nuées les orages ».

Il est donc clair qu’il n y a pas d’autre choix devant les peuples pour sortir de ces crises aux retombées désastreuses et éviter les guerres qui risquent de déboucher sur une nouvelle guerre mondiale que d’enlever aux monopoles capitalistes le pouvoir absolu dont ils disposent.

Un mouvement dans ce sens se dessine. Les événements d’Amérique latine, où presque tout un continent s’est engagé dans la lutte contre l’impérialisme américain et dans la voie des transformations sociales, démontre que cette voie est possible, qu’il est du devoir de toutes les forces progressistes et se réclamant du socialisme de s’y engager résolument et de rejeter les dernières illusions sur les capacités de l’économie de marché, tant vantée au lendemain de l’effondrement du système socialiste, et qui a non seulement prouvé son incapacité à résoudre le moindre problème de ceux qui se posent à l’humanité, mais devient une grave menace pour l’existence même de cette dernière.

Abdelwahab Belhaj

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