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Rencontre avec le cinéaste algérien Lyes Salem

JCC 2008 : Un artiste sensible à l’écoute de sa société

dimanche 2 novembre 2008

Lyes Salem est parmi nous cette semaine, pour présenter son premier long métrage intitulé : « Mascarades, Maskhara » (en arabe), dans le cadre de la compétition officielle des JCC. Nous le remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

- Votre itinéraire ?

J’ai commencé dans le théâtre en tant que comédien. Ensuite, je suis parti en France parfaire ma formation d’acteur à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot et au Conservatoire National d’Art Dramatique.
Après des rôles dans des pièces du répertoire classique, j’ai mis en scène Djelloul le raisonneur, d’après « Les généreux » de Abdelkader Alloula.
Depuis la fin des années 1990 je me tourne vers le cinéma en tant que réalisateur, puisque j’y ai déjà joué des rôles, et réalise mon premier court métrage en 1999. Puis suivent deux autres CM qui obtiennent plusieurs distinctions nationales et internationales : Jean-Farès en 2001 et Cousines en 2003.

- Qu’en est-il du cinéma algérien aujourd’hui ?

On assiste à un renouveau du cinéma algérien, après une longue période de mûrissement avec les précurseurs comme Lakhdhar Hamina, où le problème identitaire était omniprésent. Il le reste par ailleurs ; pour preuve, notre trilinguisme est à bout : la jeunesse ne maîtrise ni l’arabe littéraire ni le français ! Le dialectal reste la langue véhiculaire par excellence, alors pourquoi le négligerions-nous ?

Moi j’appartiens à une génération de cinéastes qui est à l’écoute de la société, à l’affût de ses problèmes au quotidien ; une génération qui a envie de faire du cinéma et dont le défi est de ramener le public dans des salles pleines pour regarder des films- miroirs où il se retrouve.

La tâche des cinéastes est aujourd’hui ardue, car la télévision est en déphasage total par rapport aux problèmes des téléspectateurs. Nous autres cinéastes sommes là pour répondre à une demande sociale pressante à travers notre art.

Dans nos pays, le cinéma a besoin d’une véritable volonté politique pour le promouvoir, mais à condition qu’elle ne se transforme pas en « droit de regard » et en « interventions et commandes ». En un mot, nos Etats doivent nous permettre de travailler.

-  Votre participation à la compétition officielle ?

Il s’agit de mon premier long métrage et en tant que film maghrébin, il est légitime qu’il soit présenté dans le cadre des JCC. D’ailleurs à part une tournée dans dix Wilaya en Algérie, ce film est projeté pour la première fois.

L’idée de ce film s’inspire d’une pièce de théâtre que j’ai montée à Paris en adaptant une œuvre du Libanais Wajdi Maawadh. Pour essayer d’oublier la guerre à Beyrouth dans les années 1980, une famille annonce le mariage d’une de ses filles, alors qu’il n’en était rien !
L’idée m’a plu et je l’ai développée dans ce film en allant encore plus loin dans la dérision. En effet nous avons besoin de comédies et de dérision pour traiter tous les sujets, même les plus graves et les plus « sérieux ». Le public est saturé de pleurs et de larmes ! Je pense que l’alternative est dans l’autodérision, c’est la meilleure manière de s’autodéfendre ; d’où le titre Mascarades que j’ai choisi !

J’ai donc inventé l’histoire d’une famille du fin fond de l’Algérie qui a du mal à marier une fille « handicapée ». J’ai fait appel à des acteurs pour la plupart professionnels à côté des habitants du village où j’ai tourné (dans la région de Biskra). J’espère avoir réussi !
(Dans le film, Lyes Salem joue le rôle du frère de la mariée sans mari !)

Propos recueillis par Khaled Kchir


PS : Ce film est un bel hommage à la femme algérienne qui grâce à sa sagesse et son savoir faire continue à souder la société, malgré les excès de certains hommes obnubilés par les apparences, qui les déconnectent de la réalité. Ce film est un hymne à l’amour qui sauve « la belle au village dormant » et sauvera certainement nos sociétés.
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