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Les démocrates de l’ombre ?

vendredi 11 avril 2008, par larbi

Quand les ministres de Bourguiba se découvrent subitement des vertus démocratiques !

Clin d’oeil

Larbi Chouikha

Attariq Aljadid n°66 – du 9 au 15 février 2008, p.3

A propos de nos hommes politiques, de leur apparente schizophrénie du temps où ils exerçaient le pouvoir, de leur probable conversion politique, aujourd’hui, notre confrère et ami Ridha Kéfi, écrit fort justement dans le numéro du 1er février 2008 de l’hebdomadaire "L’Expression" : « Quand ils quittent le pouvoir, nos hommes politiques deviennent touchants d’ingénuité. Ils se mettent à claironner, pour qui veut bien les entendre, qu’ils étaient (et sont encore du reste) de grands démocrates devant l’Eternel ».

En effet, à les entendre parler, en aparté, ou lors des entretiens avec des journalistes complaisants, on constate que Bourguiba n’était entouré que de démocrates sincères, invétérés, mais frustrés, déçus, et totalement impuissants face à son omnipotence. Ainsi, un ancien dignitaire du régime, par exemple, nous apprend - aujourd’hui - qu’il fut durement affecté par l’assassinat de Salah Ben Youssef et avait réagi - à sa manière mais dans son for intérieur -.

D’autres anciens dirigeants de hauts rangs, qui avaient la langue dans leur poche à l’époque, nous ressassent - aujourd’hui - qu’ils étaient toujours indisposés par la recrudescence des procès politiques et par toutes les formes de tortures infligées aux militants politiques et syndicalistes durant les années noires du Bourguibisme. On apprend aussi par journaux et tribunes interposés que la plupart d‘entre eux n’avaient jamais mouillé aux fraudes flagrantes des élections législatives de novembre 1981, et certains nous affirment - aujourd’hui - qu’ils avaient même du mal à trouver un sommeil serein pendant ces années. Le plus surprenant dans ce pays, c’est que tout baigne dans l’huile d’olive et victimes, responsables et tortionnaires peuvent aisément se retrouver ensemble pour partager la même amnésie.

Le comble ! C’est que ces pratiques se perpétuent encore, et voilà qu’un ancien dirigeant des années 1990 connu pour ses esbroufes légendaires et ses sursauts autoritaires, se découvre subitement aujourd’hui, des vertus « démocratiques ». Il reproche même à l’opposition « sa mollesse » et « sa tiédeur » face au pouvoir autoritaire. Il est vrai qu’entretemps, notre homme s’est converti au monde des affaires et dans ce monde lié aux intérêts et aux valeurs occidentales, il est toujours politiquement correct de paraître « démocrate » et de faire montre d’un certain esprit fronde contre le pouvoir ! Ainsi va la Tunisie !

Source : Attariqaljadid n°66 – du 9 au 15 février 2008, p.3

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