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Quand les journalistes se réveilleront,.......... !

jeudi 10 avril 2008

Larbi Chouikha

Attariq Aljadid n° 74 (5-12 avril 2008)

Depuis une vingtaine d’années, se proclamer journaliste tunisien est loin d’être un motif d’orgueil et de fierté tant la profession accuse un grave déficit de légitimation et de considération dans notre pays. Et de ce fait, de plus en plus de journalistes chevronnés, préfèrent déserter la profession pour des cieux plus sereins, alors que d’autres qui ont choisi d’y rester, optent souvent pour la sécurité de l’emploi et cherchent des échappatoires en dehors du travail.

Mais aujourd’hui, la tendance n’est plus à la résignation, à l’indifférence, à l’abandon. Dans les salles de rédaction des principales entreprises publiques, des journalistes manifestent de plus en plus ouvertement leur mécontentement à l’égard de leur statut en dénonçant les conditions de travail délétères auxquelles ils sont assujetties, mais aussi l’absence de concertation avec les chefs hiérarchiques et surtout, l’incompétence, l’incurie et parfois même l’outrecuidance qui caractérisent bon nombre des responsables propulsés à la tête de ces entreprises.

Dans la seule école de formation des journalistes, enseignants et étudiants dissimulent à peine leurs sentiments de démotivation à l’égard d’une profession toute déconsidérée. Ils expriment de plus en plus publiquement leurs déceptions, voire leur aigreur, tant sur la manière dont est conçue et dispensée cette formation que sur les conditions déplorables de l’exercice de ce métier. Même le public, dans son ensemble, nourrit de la dérision à l’égard de nos journalistes et pour preuve, les blagues et les noukat qui circulent à leurs propos, essentiellement quand ils se trouvent acculés à « bouder » - malgré eux - des évènements majeurs qui surviennent sur notre territoire mais qui nous parviennent, fort heureusement, par les médias étrangers. Les raisons de cette déliquescence toute prévisible sont imputables aux autorités officielles et à leurs manières parfois hautaines de régenter le monde des médias et des journalistes dans leur ensemble.

Au nom de leur sacro-saint attachement à vouloir tout surveiller, tout contrôler, tout commander, tout scruter, ces autorités s’évertuent à parachuter des personnes choisies uniquement pour leur allégeance et leur dévotion à elles, et la liste serait longue d’énumérer tous les noms de ces responsables « publics » ….qui ont largement contribué par leur incapacité, leur pouvoir de nuisance, leur arrogance…, à discréditer ! Faut-il rappeler que dés les années 1990, alors que pointaient déjà les prémices du verrouillage politique et médiatique, des voix s’étaient élevées à l’époque pour dénoncer les violations flagrantes à la liberté d’expression et les graves atteintes à l’autonomie des journalistes ? Faut-il aussi citer les nombreux rapports des ONG tunisiennes et internationales qui recensent les cas les plus graves des violations et avancent même des propositions en vue d’améliorer l’état de notre presse sinistrée ? Et à chaque fois, au lieu de leur prêter une oreille attentive, les autorités leur répondaient par une déferlante de récriminations où se mêlaient les calomnies, les procès d’intention contre leurs auteurs en plus des sanctions qui pouvaient s’abattre sur certains d’entre eux.

Aujourd’hui avec l’émergence de la presse d’opposition et indépendante dans notre pays mais aussi l’irruption et la généralisation de l’usage d’Internet et du libre accès aux télévisions satellitaires, les responsables qui veulent faire taire toute critique des journalistes en exhibant à chaque fois leur « pouvoir régalien », font preuve de grande ingénuité et se couvrent même de ridicule ! Qu’ils ouvrent grands leurs yeux pour constater qu’au contact de ces nouvelles donnes, les esprits sont entrain de mûrir, la peur recule, les langues se délient et même les conditions politiques amorcent quelques évolutions.

C’est ainsi qu’il y a quelques mois, le Syndicat des Journalistes Tunisiens apparaissait comme une lueur d’espoir dans ce ciel assombri. Ses assises et les débats qui ont eu cours témoignent d’une prise de conscience de la profession de souder ses rangs et de réagir solidairement pour faire face aux nombreuses menaces qui pèsent sur ses droits et sur sa crédibilité déjà, largement entamée. Ainsi aussi, pour la seconde fois en l’espace de trois ans, des journalistes de La Presse gouvernementale alertent l’opinion publique sur les conditions de travail lamentables qui prévalent dans leur entreprise, pourtant, la mieux nantie financièrement. Et, dans ce sillage, dans d’autres entreprises de presse publiques, - comme à l’agence Tunis Afrique Presse -, dans les établissements de la radio et de la télévision... des initiatives similaires seraient en gestation. Par ailleurs, il n’est pas exclu que des journalistes qui exercent dans des médias privés agissent de concert pour exprimer haut et fort leurs cris de liberté et d’autonomie.

Ce « réveil » des journalistes tunisiens sonne pour l’opinion comme un cri d’alarme et une alerte pour nous rappeler que notre combat pour la démocratie passe d’abord par la réhabilitation du journalisme en Tunisie ; c’est-à-dire, par la reconnaissance des droits sacrés à l’exercice de ce métier selon l’éthique et les principes universellement reconnus et garantis et sans interférence ni du politique ni des puissances de l’argent ni de tout autre pouvoir. Ces principes méritent d’être rappelés avec insistance, aujourd’hui, à quelques mois des élections 2009 ! Car, il est devenu inadmissible, intolérable, qu’à chaque échéance de cette nature, ces principes élémentaires portant sur le droit à l’information, l’expression libre et équitable de tous les candidats et l’accès à tous aux grands médias comme la télévision soient dévoyés, bafoués, malmenés - systématiquement - par la puissance tutélaire ! Beaucoup de journalistes, y compris ceux qui exercent dans les médias gouvernementaux ou publics, refusent plus que jamais d’être asservis, infantilisés, instrumentalisés en hommes liges, en plumitifs, en journaleux tout au long des mois qui précédent ces élections jusqu’au jour du scrutin.

La création d’une instance réellement publique et totalement autonome vis-à-vis de l’Etat, garante d’une gestion saine et transparente de ce secteur y compris en supervisant la nomination des responsables des entreprises publiques, s’impose plus que jamais !

(Source Attariqaljadid n°74 - Du 5 au 11 avril 2008)

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