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Micro-trottoir des déshérités :

"Il faut de tout pour faire un monde"

dimanche 12 octobre 2008

Mohamed Zouaoui

[bleu]"Dieu garde la durée et vous laisse l’espace,

Vous pouvez sur la terre, avoir toute la place ;"

Victor Hugo[/bleu]

[vert fonce]"Je suis libre d’aimer ou non le homard à l’américaine ; mais, si je n’aime pas les hommes, je serai un misérable et je n’aurai pas ma place au soleil."

Jean Paul Sartre.
[/vert fonce]

[rouge]Il est un homme qui sait que la société ne veut pas de lui ; et, il ne s’en porte pas plus mal. Par contre, il affirme, de son côté, qu’il ne veut pas d’elle même si cette affirmation lui est payée, illico presto, par une oisiveté sonnante et trébuchante.[/rouge]

Ainsi, il a tout son temps. Rien ne le presse. Il a pris l’habitude de s’asseoir, chaque matin, devant une page blanche comme un chat devant le trou où une souris a disparu. Il attend la révélation du don d’écrire qu’il croit avoir. Il écrit par la suite, méticuleusement, une phrase. Il la réécrit en s’appliquant une deuxième et troisième fois tout en soignant continuellement l’esthétique et le son. Il la roule sur sa langue comme un bonbon ; puis, il se jette en arrière s’abandonnant dans la posture de la jeune fille qui a trouvé du charme dans la tentative insolente du fils des voisins. Il se répète avec un désir qui oscille vers la gourmandise : "Ainsi sera ma percée dans ce monde impérieux et absurde. Je ne dois jamais croire que c’est la nuit même si aucun soleil ne se lève".

C’est sa façon à lui de se dorer les pilules de la vie quotidienne et de se procurer le courage pour continuer à vivre et à espérer.

Il espère recouvrer sa liberté, éviter les contraintes de son sombre quotidien et dénoncer les singularités de ceux qui l’ont pris pour cible et ont rempli par les actes féroces, des tirelires de rancune. Il veut se donner, aussi, une surface de réparation des indélicatesses qu’il a subies et un présent dissuasif face à ses maléfiques détracteurs qui tiennent à l’étouffer sans cérémonie ni testament. Il veut établir, tout bonnement, un cérémonial qui confère à l’écriture autant de valeur que l’argent pour rendre justice ; et, même plus, parce que les tours de force financiers dénaturent la justice. Quant à l’entrée du whisky dans les mœurs, elle l’a noyée irrémédiablement.

Sous peine de renoncer à être lui-même et avec toute la force que la plus frêle des créatures peut puiser dans le désespoir, il continue à utiliser, avec une inconséquence naïve, les ressources de son esprit et de sa chair pour écrire mettant à nu les goûts les plus répugnants, la vérité la plus crue et la mythomanie la plus folle de ce monde où les louches intérêts tournent au vent comme des girouettes et où la trahison bat à qui mieux mieux. Il soulève, même, la dalle d’une fosse septique sociale pour laisser échapper l’odeur de putréfaction qui fait que les lois qui régissent la vie de la foule, perdent quelquefois de leur superbe et deviennent à l’image du dattier qui ne donne pas partout le même fruit : Il produit à Tozeur des dattes dorées et mielleuses. Il produit à Gabès des dattes quelconques. A La Chebba, il devient une plantation bâtarde qui ne plait qu’à ceux qui l’ont transplantée. Ainsi, il est recommandé d’identifier les amis, les connaissances et les familles parentes et alliées de l’antagoniste avant de se hasarder à ester.

Il dénonce une morale impersonnelle confondant lamentablement entre l’ignorance et la poésie, entre le réel et le chimérique dans un tapage médiatique de mauvais génies sachant comment imposer la basse sujétion à "ce que je veux que tu fasses". Il dévoile l’étonnante, sage et musclée recommandation de ne jamais prendre de risque dans le jeu de la vie. Une main malintentionné, ne détestant pas profiter des efforts et des bourses des autres, légifèrera comment vivre heureux et consommer à crédit, comment être fier et enthousiaste en respectant à la lettre les recommandations électorales et comment suivre la seule et unique voix de Dieu pour avoir la paix et pour calmer les appétits de cette perfide et périssable vie de mécréants.

Il crie tout cela du fond de son être pour la pérennité de l’espèce des "grandes gueules" qui ripostent avec le verbe à ceux qui écrasent avec le poing ou avec la bourse. Quelle ivresse de vivre ainsi et d’une manière émouvante, risquée, jamais épuisée, jamais désespérée…et prophétique d’un monde de poules mouillées si cette espèce cesse d’exister.

M.Z. (La Chebba)

micro.trottoir@gmail.com

1 Message

  • "Il faut de tout pour faire un monde" Le 12 octobre 2008 à 23:28, par Intidhar

    Rassurez vous cette espèce dont vous parlez ne cessera jamais d’exister car tout simplement elle est le propre de l’être humain, mais ce qui se passe c’est que certain n’arrivent pas à assumer leur liberté au stade zéro c’est à dire dans leur têtes (qu’ils soient victimes ou coupables ça n’a pas d’importance) alors,ils se laissent prendre dans des filets interminables qui les enterrent vivants. N’attribuez de la valeur qu’a ce qui est enivrant, .. ;et ne voir les entraves que d’un œil défiant.
    Il faut de tout pour faire un monde,c’est vrai, mais ce dernier, c’est nous tous qui le construisons sans aucune pièce FATIDIQUE !

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