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Le « pôle démocratique et moderniste » sert-il à quelque chose ?

dimanche 12 juin 2011

La plupart des sondages donnent le Mouvement Ettajdid comme le second ou le troisième parti connu et apprécié par les Tunisiens : « pourquoi donc allez-vous chercher des alliances avec d’autres partis - alliances qui, en plus, vont certainement vous faire perdre des sièges ?! »

Cette question, nombreux sont les sympathisants d’Ettajdid et les citoyens qui nous la posent, avec une seconde question, apparue depuis l’annonce de la création du « pôle démocratique et moderniste : « Qu’a à gagner un parti historique comme Ettajdid en s’alliant à des partis nés, pour la plupart, depuis le 14 janvier, ou qui n’ont pas une bonne image dans l’opinion ? » Pour répondre à ces questions, on doit, d’abord, relativiser la crédibilité des sondages (même quand ils nous sont favorables !), en ce qui concerne tant la validité de la méthodologie de leurs enquêtes (l’échantillon est-il réellement représentatif de la population tunisienne dans sa diversité ? Les questionnaires posent-ils les bonnes questions ? Sont-ils administrés et dépouillés correctement ? Les résultats publiés sont-ils fidèles, honnêtes, objectifs, sans aucune manipulation ?...) que leur signification (plusieurs mois avant le scrutin - avant même que la date en ait été fixée !- et avant, donc, la campagne électorale, qui aurait permis à certains, parmi les plus de 80 partis légaux, de se faire connaître un peu des électeurs).

Il faut, surtout, comprendre le sens profond de la démarche d’Ettajdid. Cette démarche n’est nullement électoraliste ou motivée par des considérations arithmétiques - d’autant plus que, en effet, non seulement Ettajdid va devoir partager les listes avec d’autres, mais de nombreux « analystes » affirment que les partis constitués en alliance auraient, au total, plus de sièges s’ils se présentaient chacun de son côté !

La vraie motivation d’Ettajdid n’est, en aucune façon, partisane : elle est fondée sur la conviction que les enjeux des élections pour l’assemblée constituante dépassent les ambitions de tel ou tel parti, le destin personnel de telle ou telle personne. Il s’agit, ni plus ni moins, d’élire une assemblée qui aura à dessiner, le visage qu’aura désormais, non Ettajdid ou d’autres partis, mais tout simplement notre pays, notre société, et ce pour de nombreuses décennies, plusieurs générations.

Sera-t-elle réellement pluraliste, sans aucune hégémonie, ni d’un parti, ni d’une idéologie, ni d’une tendance ? Répondra-t-elle réellement aux objectifs de ces régions, de ces couches sociales, de ces jeunes qui se sont soulevés pour exiger leur droit au respect, à la dignité et à la pleine citoyenneté ? Et surtout : est-ce que la nouvelle société sera une société ouverte, tolérante, moderne ? Une société où chacun- et chacune surtout, car les femmes en sont plus souvent privées ! - aura le droit de s’épanouir, de développer ses potentialités ? Où l’égalité entre les hommes et les femmes sera effectivement garantie ? Où on ne tranchera pas les questions politiques et juridiques en faisant appel aux textes sacrés - qui ont une fonction tout à fait respectable, mais différente ? Où chaque homme et chaque femme peut s’unir ou se séparer de son conjoint (et non de ses conjoints !) selon des procédures légales claires, et non selon le bon vouloir de l’un des conjoints ? Où chaque petite Tunisienne comme chaque petit Tunisien continuera à avoir droit à un enseignement gratuit et moderne, basé sur les acquis les plus récents de la science ? Tout cela, personne ne peut nous le garantir ! L’Assemblée constituante sera complètement souveraine : les députés qui s’y trouveraient majoritaires pourraient être tentés de modeler l’avenir de notre pays selon leurs propres convictions, qui ne seront pas nécessairement celles de ceux qui les auraient élus. La seule « garantie » pour que la Constituante écrive une constitution démocratique et moderniste… c’est :

- 1-que la « majorité silencieuse » dans notre pays - qui est, n’en doutons pas, attachée à ses acquis, à son mode de vie moderne, à son islam modéré et tolérant - sorte, justement, de son silence, de son attentisme, affirme clairement ses options et décide de les concrétiser en participant massivement aux élections. Pour mobiliser l’opinion, il faut l’aider à se rendre compte qu’il s’agit là d’un choix de société, entre modernité et conservatisme, et non d’un choix de parti, plus ou moins libéral ou plus ou moins dirigiste… Il est évident que le fait de concrétiser ce choix par l’apparition d’un pôle dont le dénominateur commun est, justement, constitué par les valeurs de démocratie et de modernité, aidera les citoyens à mieux percevoir les enjeux réels des prochaines élections. Telle doit être, en tout cas, la tâche des composantes du pôle durant toute la campagne électorale.

- 2-Une telle mobilisation de l’opinion devrait aboutir au fait que, dans la Constituante, le courant démocratique et moderniste dans notre pays soit fortement représenté, non pour dominer, imposer sa volonté aux autres courants, mais pour qu’il soit assez fort pour qu’on soit obligé de compter avec lui, pour qu’il soit incontournable, que rien de fondamental ne soit fait sans lui, encore moins contre ses options.

Ce sont ces enjeux qui ont dicté à tous les partis, initiatives et militants « indépendants » qui, sur la base de ces valeurs, ont constitué le « Pôle démocratique et moderniste », l’engagement solennel de tout faire pour rendre ce courant parfaitement visible, en montrant clairement qu’ils sont unis sur l’essentiel, en minimisant – voire en taisant - les divergences aujourd’hui secondaires, afin de rendre - par leur discours unifié, leur comportement responsable, l’image sérieuse et constructive qu’il donnent d’eux-mêmes et du pôle. Ainsi, ils rendront le choix qu’ils proposent réellement crédible auprès des couches les plus larges de la population, à la ville comme à la campagne et, surtout, parmi les jeunes et les femmes, dont l’avenir serait compromis par un éventuel retour en arrière.

Dans ces conditions, même les calculs égoïstes, étroitement partisans et purement arithmétiques risquent d’être faussés : car, on peut parier que, dans ces conditions, on pourra compter, non seulement sur les voix des citoyens acquis aux idées de tel ou tel parti pris séparément, mais sur une mobilisation citoyenne parmi la masse de ceux qui hésitent, qui n’ont pas d’option politique tranchée, mais qui se convainquent que la sauvegarde et l’amélioration du modèle de société construit par des générations de Tunisiennes et de Tunisiens méritent qu’ils se déplacent le 23 octobre vers les bureaux de vote. A ce moment-là, qui sait si 1+1+1 ne feront pas 4,5, voire 6 ? Hichem Skik Attariq Aljadid, 10 juin 2011

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