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Elire une Assemblée Constituante

mardi 22 février 2011

Le débat sur la transition démocratique en Tunisie est engagé sur une mauvaise voie. Un Conseil pour la sauvegarde des acquis de la révolution vient de soumettre son projet au gouvernement dit de transition. Les négociations entre les deux parties auraient débouché sur un échec.

Cet événement ne doit pas nous laisser indifférents. D’abord, d’où tient ce conseil de la révolution son mandat pour négocier au nom de la révolution ? Ensuite, quelle est la légitimité de ce gouvernement pour engager un dialogue avec un tel conseil, constitué de personnalités politiques et de la société civile ?

Certains leaders politiques évoquent la nécessité d’un contre-pouvoir face au pouvoir. L’intention est bonne. Mais est-ce que ce gouvernement représente encore le pouvoir au sens de la légitimité démocratique pour qu’on lui oppose un contre-pouvoir ?

Le débat constitutionnel et politique est mal posé. Ses termes ne correspondent pas à la nature de l’événement politique vécu. Tout le monde s’accorde sur la nature révolutionnaire de cet événement. Et pourtant, la piste privilégiée rappelle les solutions préconisées en d’autres temps : maintien de figures de l’ancien parti au pouvoir au gouvernement ; cooptation d’une partie de l’opposition crédible et démocrate ; mise en place d’une commission de réformes institutionnelles.

Quant à la création d’un conseil pour la sauvegarde de la révolution, il n’est que le dernier avatar de ce réformisme tunisien qui a du mal à se plier aux exigences de la souveraineté du peuple.
Les racines de ce "mal tunisien" remontent bien loin et il faudrait y consacrer plus de temps pour les analyser. Mais il faut noter qu’ à chaque fois que la pays connait une révolte populaire ou une crise sociale et politique, l’élite se précipite pour nous rappeler son statut privilégié et s’arroge le droit d’engager les réformes profondes, sans une véritable remise à plat de tout le système. Une sorte d’obsession réformatrice par le haut qui fait souvent barrage au changement par le bas.

L’aspiration à la liberté, à la dignité a été exprimée cette fois-ci à la faveur d’une révolution portée par le peuple. C’est un moment fondateur. Dès lors, aucun parti politique, aucune sensibilité intellectuelle n’est en mesure d’évaluer son poids réel auprès de la population et ne peut donc prétendre à une position privilégiée dans l’espace public. C’est l’année zéro de la politique tunisienne.
Le gouvernement n’a aucune légitimité démocratique. C’est un gouvernement "de transition", censé gérer les affaires courantes.

Certes, il faut l’encourager à travailler. Mais il n’a pas vocation à prendre des décisions politiques, encore moins le droit d’entériner les conclusions de la Commission sur les réformes politiques. Cette approche est fausse dès le départ. Il est urgent d’intervenir pour la remettre sur ses pieds. Car ce pouvoir est temporaire et ses attributions sont d’exception. Si on lui demande de statuer sur l’avenir de la révolution, on trahira l’esprit de cette révolution. Il faut donc que le pouvoir soit démocratiquement constitué.

La convocation d’une assemblée constituante semble être la seule option viable pour sauver cette révolution. 
 
Elyès Ghanmi

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