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Cinquante deux ans d’indépendance, et après ?

jeudi 10 avril 2008

Larbi Chouikha

Plus d’un demi-siècle que la Tunisie a recouvré son indépendance, que le pays dispose d’un véritable Etat avec des institutions bien ancrées, que les Tunisiens se sont forgés une identité et des valeurs qui leur sont communes, …et pourtant, notre statut de citoyen demeure inchangé sinon, dégradé depuis.

Jadis, nous rêvions de faire de notre pays, un îlot démocratique où il ferait bon vivre dans un environnement arabe invariablement le même ! Mais aujourd’hui, le contraste est très saisissant. Un pays qui fut le premier dans la région arabo musulmane à se doter d’une Constitution, qui avait entrepris une action audacieuse en promulguant un code de statut personnel révolutionnaire et en assurant l’instruction pour tous, mais qui demeure à la traîne pour l’exercice effectif des libertés et la garantie des droits des citoyens !

A l’instar de la quasi-totalité des pays arabes, la longévité des règnes des chefs de l’Etat est une constante et l’organisation d’élections libres et transparentes tout comme l’alternance au pouvoir, sont encore un leurre. L’opacité qui entoure les prises de décisions est toujours de mise, et le débat d’idées contradictoire et percutant reste un objectif en soi. Et qui plus est, l’Etat-Parti avec ses appareils et ses hommes - omnipotents - régente plus que jamais le pays et les hommes.

On a à peine à croire, aujourd’hui, que les années 1970 et 80 avaient vu éclore l’amorce de la formation d’une société civile indépendante : L’avènement de la LTDH - la première du genre en Afrique et dans le monde arabe - qui incarne pour quelques uns d’entre-nous encore, cette fierté nationale, la diffusion des publications indépendantes au ton foncièrement critique, l’apparition des premiers partis d’opposition légaux qui osaient défier le pouvoir - sans complaisance -, et surtout, la pugnacité qui caractérisait à l’époque cette centrale syndicale qui s’était muée en espace de réflexion, voire de contestation. Mais que reste t-il de tout cela aujourd’hui ? La LTDH est complètement paralysée et son éjection de la scène publique laisse planer de sérieuses menaces sur nos acquis démocratiques et progressistes. L’effervescence qui agitait l’Université qui fut dépeinte à l’époque comme la « zone franche » où se croisaient les frustrations, les chimères et les ambitions de plusieurs générations, se démène dans un quadrillage et un engourdissement sans précédent. Les nombreux ciné-clubs et les cercles de discussions qui foisonnaient un peu partout à l’époque, deviennent à peine visibles !
Il est un fait que la persistance de cet immobilisme politique qui rend déjà hypothétique l’amorce d’un véritable changement démocratique recèle en son sein des germes malins aux effets incalculables. D’une part, on constate que de plus en plus de Tunisiens se détournent de la « chose publique » nationale pour porter toute leur attention sur d’autres enjeux internationaux ou carrément, délaissent l’action politique et associative, y compris syndicale. Et plus inquiétant encore, l’amenuisement des horizons d’attente pour nos jeunes conduisent certains d’entre eux à sombrer dans le fanatisme religieux et pire encore, à se laisser emporter par l’action violente et le terrorisme, et les évènements de Soliman de décembre 2006 résonnent en nous comme un cri d’alarme très retentissant ! Certes, on peut toujours nous rétorquer que le taux de pauvreté a substantiellement reculé pendant ces cinquante dernières années, que la qualité de vie des citoyens moyens s’est nettement améliorée, que la machine économique - enrichie du savoir-faire des Tunisiens et de leur sens aigu de la débrouille en tous genres - tourne tant bien que mal. Mais est-ce suffisant pour assurer le bonheur des peuples et ceux des individus ?

Aujourd’hui, avec l’effondrement du Mur de Berlin et les bouleversements politiques survenus dans le monde depuis 1990, les régimes politiques qui lorgnent les droits de l’homme mais uniquement sous le prisme des droits économiques et sociaux, qui usent de maintes arguties pour s’agripper indéfiniment au pouvoir en verrouillant tout espace de contestation et toute possibilité d’alternance…, finissent toujours par se méprendre. Mais fort heureusement, l’histoire des cinquante deux ans d’indépendance montre que notre pays regorge de potentialités, de capacités créatives et imaginatives qui peuvent bousculer le cours des évènements et impulser des changements substantiels dans les rapports gouvernants gouvernés. Voilà qui nous donne quelques espoirs !

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