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Sidi Bouzid nous interpelle : sachons l’écouter !

jeudi 30 décembre 2010

par Baccar Gherib

[vert fonce]En politique, comme ailleurs, il y a plus grave que les problèmes eux-mêmes, c’est leur déni. A en croire, en effet, l’habituelle source officielle – toujours anonyme ! – qui vient faire le point durant chaque crise, les récents événements vécus par la ville et le gouvernorat de Sidi Bouzid ne sont que les suites d’un triste fait-divers savamment exploité par « certaines parties » malintentionnées.
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Ainsi, ce gouvernorat ne pâtirait pas de problèmes économiques particuliers et aurait bénéficié, à l’égal des autres, des efforts d’investissement consentis par la collectivité nationale. En somme, c’est le classique « Circulez, y a rien à voir ! », qui est, hélas ! loin d’être à la hauteur de la situation.

Nous pensons, en effet, que les manifestations de colère de la population et surtout des jeunes de Sidi Bouzid sont l’expression de problèmes réels, qu’ils sont autant d’appels à la nation et que, en tant que tels, ils ne doivent pas être ignorés et qu’ils méritent, au contraire, d’être écoutés avec attention, et cela pour au moins deux raisons.

D’abord, parce qu’il s’agit, dans l’espace de quelques mois, après Redeyef, Skhira et Ben Guerdane, du quatrième épisode de révolte, à l’intérieur du pays, liée à la revendication d’emplois et, plus généralement, des moyens d’une vie plus digne. Ce qui remet au devant de la scène et avec une certaine urgence la problématique du développement régional.

Ensuite, et surtout, parce que l’acte désespéré du jeune Mohamed Bouazizi, qui a agi comme déclencheur des événements, est hautement symbolique en ce qu’il révèle à la nation le caractère tragique d’un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur : le chômage des diplômés de l’enseignement du supérieur. Ceux-ci étaient, de l’aveu du Ministère de l’emploi et de la formation professionnelle, au nombre de 135.000 au mois de mai 2009, et sont, aujourd’hui, si l’on tient compte des promotions de juin 2009 et juin 2010, vraisemblablement autour de 200.000 ! Ce chiffre alarmant démontre que le chômage en Tunisie touche en premier lieu les jeunes et, parmi eux, surtout les diplômés. Mieux, une étude minutieuse de la répartition du chômage des diplômés du supérieur selon les régions montre qu’il est plus faible dans les villes du littoral, notamment à Tunis, et plus élevé à l’intérieur, avec un triste record dans les gouvernorats de Gafsa et, justement, Sidi Bouzid avec un taux de près de 50% !!

Il ne sert peut-être pas à grand-chose, aujourd’hui, d’épiloguer sur les erreurs d’une politique de massification non réfléchie et hâtive dans l’enseignement supérieur, à visée essentiellement quantitative et, au surplus, tout à fait en porte-à-faux avec les capacités du tissu économique et industriel du pays. Mais il est clair que la conception de l’université comme un vaste parking retardant l’échéance du chômage n’a pas fait qu’ajourner le problème, elle l’a aggravé ! Car les attentes des jeunes munis de diplômes sont d’autant plus fortes et, face au chômage, leurs frustrations d’autant plus vives.

[bleu marine]Dès lors, il est impératif et urgent d’écouter avec attention l’appel de Sidi Bouzid, et de se pencher sérieusement sur les questions urgentes et connexes du chômage des diplômés, des jeunes et du développement régional, pour redonner l’espoir d’une vie meilleure à nos jeunes générations.[/bleu marine]

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