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Wikileaks : la Tunisie aussi ! Nous sommes tous concernés

dimanche 5 décembre 2010

Par Mahmoud Ben Romdhane

L’actualité mondiale est focalisée, depuis de nombreux jours, sur les fuites des notes diplomatiques américaines concernant diverses régions et divers pays du monde. Quotidiens, hebdomadaires, radios et chaînes de télévision, partout dans le monde, reprennent et commentent à longueur de journées le contenu de telle ou telle note interne des services diplomatiques américains dans différents pays adressée à leur siège, le Département d’Etat.

Les révélations que nous venons de découvrir ces derniers jours montrent que la Tunisie n’est pas absente de cet étalage de messages internes. Leur nombre avoisinerait le millier, et plusieurs dizaines d’entre eux commencent déjà à circuler sur Internet.
Ailleurs, ceux qui sont les plus cités, sont ceux qui concernent le tempérament de tel ou tel Chef d’Etat, les déclarations « off » fracassantes prononcées par celui-ci ou celle-là. Dans notre cas, ce qui est en cause est bien plus essentiel : il s’agit de la nature des institutions tunisiennes, de leur phagocytage par des intérêts et des personnages puissants nommément désignés, de l’état des droits fondamentaux, du degré de crédibilité de nos processus électoraux, de la politisation ou, plutôt, de la volonté de contrôle sur toutes les structures professionnelles représentatives, y compris des structures bipartites, qui devraient rester à l’abri de ces tentations.

Ces notes mettent également un accent sur les problèmes économiques et sociaux les plus graves, sur les effets qu’exercent la corruption, la tendance à la monopolisation du pouvoir économique par des proches du pouvoir et par la prédation sur le climat de l’investissement. Elles portent un jugement sur la capacité du pouvoir en place à les surmonter et, plus fondamentalement, sur la stabilité politique du pays. Des faits, des déclarations « off » de responsables sont cités à l’appui.
Autant le dire, les fuites en question ne sont pas, à proprement parler, des « scoops ».

Dans leurs discussions privées, les Tunisien(ne)s parlent des sujets abordés dans ces notes avec force détails. Mais ce qui change, dans les documents publiés par Wikileaks, c’est qu’on quitte la rumeur publique pour passer à l’écrit, un écrit diplomatique émanant des services les mieux outillés du monde, souvent fondé sur des faits observés. Et ce qui donne encore davantage de poids à ces écrits, c’est qu’ils s’inscrivent dans une vision diplomatique qui n’apparaît pas cynique. Les premiers commentateurs n’ont pas manqué de relever que ces notes présentent une diplomatie américaine soucieuse de progrès politiques, de respect de la règle de droit et de convictions universelles, y compris de la « hourma jassadiya » (l’intégrité physique) d’anciens prisonniers de Guantanamo rapatriés en Tunisie, bref, une diplomatie qui paraît inquiète sur l’avenir du pays.

Gouvernants et gouvernés ont aujourd’hui ces notes entre les mains. Nous ne pouvons vivre demain comme si nous ne les avions pas. Nous ne pouvons continuer à faire la politique de l’autruche. Nous sommes tous concernés et, en même temps, conscients que les affaires de la Tunisie sont d’abord et avant tout l’affaire des Tunisiens eux-mêmes. Face au blocage politique, l’avenir de notre pays suscite de fortes inquiétudes et doit nous amener à agir pour stopper la détérioration de la situation. Des réformes politiques sont à entreprendre, sans plus tarder.

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