attariq aljadid

Accueil > Français > Science et Culture > l’adultère dans tous ses états

Grille ramadanesque :

l’adultère dans tous ses états

dimanche 21 septembre 2008

[vert fonce]Un étrange « vent de liberté » souffle sur nos écrans cathodiques. Le phénomène est d’autant plus curieux qu’il se produit, depuis quelques années déjà, durant le saint mois du jeûne, donnant aux soirées ramadanesques, concoctées par nos chaînes nationales, une allure quelque peu carnavalesque, entre litanies et prêches religieux, bombardement publicitaire consumériste et… thèmes pour le moins scabreux abordés par nos fictions TV, dont un en particulier, semble avoir acquis une place de choix : j’ai nommé, l’adultère ![/vert fonce]

On s’en est rendu compte, depuis quelque temps, nos producteurs tiennent là leur marotte, qu’ils ne semblent visiblement pas prêts de lâcher. Et il n’est pas jusqu’à la gentille sit-com, Choufli hall, qui n’y aille de sa petite broderie autour de la question, même si elle ne s’y risque que du bout des lèvres, maniant moins, comédie familiale oblige, l’attaque frontale et tapageuse, que l’allusion malicieuse.

D’aucuns s’en réjouissent ; d’autres trouvent que la coupe est pleine ! Pour notre part, et instruits de ce que souvent, art et scandale ont convolé en (plus ou moins) justes noces, on ne s’en plaindra pas. On se demandera cependant à quoi rime, et/ou aboutit, tout ce remue-ménage(s). Car, pour qu’il y ait de l‘art (c’est ce qui nous importe ici, aussi improbable soit l’association entre art et telenovelas), il faut que se produise une pensée en traverse des représentations.
Rappelons alors que « adultère » est le pendant juridique à « fidélité », notion morale ; et que ce couple (fidélité/adultère), uni pour l’éternité semble-t-il – union à comprendre au choix, selon l’injonction juridico-morale : si tu n’appliques pas ceci, il t’en coûtera la prison, ou selon l’expression d’un principe de réalité, à savoir, d’un côté le principe, de l’autre, la réalité –, constitue le trop-plein de sens qui tient lieu de sens à la notion de mariage. Autrement dit, il ne s’agit là que de l’un de ces inusables poncifs qui jonchent nos représentations collectives. La question qui se pose alors est la suivante : en quoi, le fait de livrer l’abominable Homo Adulterus en pâture au public bouleverse-t-il ces représentations, a fortiori lorsque l’affreux « infidèle » est affublé des tares prescrites par l’usage (machisme, arrivisme, etc.) ? Le cas de Mektoub, en l’occurrence, laisse perplexe. Le personnage de Dali (une des figures du Mal proposées par la série) risque la prison. Le problème est qu’on se demande si le grossier dispositif critique mis en place n’amène pas le téléspectateur (et peut-être plus encore les téléspectatrices, encore que, certaines considérations d’ordre esthétique…) à la lui souhaiter ? Auquel cas, briser le tabou, comme on dit, tourne court, très court même, car nous revoilà à la case morale de départ.

Autrement plus subtil et, disons-le, joliment pernicieux, nous semble le cas de Choufli hall, laquelle, et avec l’air de ne pas y toucher, ne manque pas une occasion pour nous rappeler l’attirance qu’éprouve le « docteurhh » Slimane pour sa charmante secrétaire. Car le personnage est sympathique et la chose est complètement dédramatisée. Il n’y a pas de quoi en faire un ram-dam semble nous chuchoter la série.
Kamel Touati
Il est vrai, cela dit, qu’elle ne se risque pas à pousser à la consommation (ce qui est tout à son honneur, par ces temps de curée ramadanesque), et que la tentation y est un privilège exclusivement masculin. Gardons un œil, tout de même, sur les apartés de ces petites espiègles (dont l’aînée du Slimane en question), lesquelles semblent bien décidées à ne pas s’en laisser conter en la matière.

Tout ça pour dire que depuis toutes ces années (combien déjà ?) où l’on s’échine à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, on se gardera de prendre pour argent comptant cette liberté dont se gargarisent nos chaînes publiques, et qu’à l’instar des jeunes filles en fleur de Choufli hall, on ne s’en laissera pas conter.

Slim Ben Cheikh

SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © Andreas Viklund sous Licence free for any purpose