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Des "débats" télévisés

mercredi 24 novembre 2010

Un amphi digne de Sciences Po.

Des sièges rutilants pour PDG.

D’ailleurs on ne voyait que ça : PDG, DGA, patrons et- pour la galerie - quelques professeurs, syndicalistes et autres citoyens de service.
L’ensemble bien ordonné, avec les premiers devant, les autres derrière, ainsi la hiérarchie est respectée.

Tout ce beau monde, "confortablement installé", heureux d’être là, avait plutôt l’air d’invités à une première. Il ne manquait que le tapis rouge et la montée des marches.

Enfin le débat.

Les questions servies comme digestif étaient doucereuses à souhait, insignifiantes, quand elles n’étaient pas laudatives. Je vous laisse seuls juges :
- retard du train pour Ghardimaou ...
- le guichet unique, le bien nommé ....
- le très à la mode transport multimodal…
- le permis de conduire pour les moins de ....
- les taxis pour je ne sais plus quoi ...
- les retards sur tel vol, etc. etc.

Bref, toutes les questions étaient permises… à condition d’être à côté de la plaque.

Réponses cinglantes, foudroyantes, imparables, parfois peu convaincantes.

Silence respectueux … ou complice ?

Difficile de croire, ou de nous faire croire, que tout ceci n’a pas été soigneusement préparé à l’avance.

Les réponses précédaient presque les questions, cela ressemble étrangement à un délit d’initiés. En somme une espèce de jeu de rôles.
Puis, enchaînement sur le transport urbain, avec le RFR.
Ok ! Du beau boulot ! Un projet pour le long terme auquel nous adhérons sans réserves, y compris celui de la banlieue sud, cette "arlésienne" qui se montre enfin.

Bien sûr, il ne faut pas se presser, mais peu importe, l’essentiel est que cela se tienne, et bien.

Restent les vraies questions, celles qui fâchent :

- le transport urbain individuel dans la cité : circuler en ville avec ou sans voiture, en dehors des week-ends et des jours fériés, devient un purgatoire.
- l‘amputation de notre réseau ferré de quelque mille kilomètres de voies depuis l’indépendance. Au nom de quel argument réducteur l’extrême nord- ouest, qui en a pourtant bien besoin, doit-il être dépossédé de ses voies ferrées ?
- l’arrêt du trafic ferroviaire avec l’Algérie est une honte. C’est un outrage à l’idée du grand Maghreb arabe. Il est vrai que nos voisins de toujours y sont eux aussi pour quelque chose…
- la SNCFT va-t-elle enfin se décider à prolonger la ligne Gabes-Ras Jdir, travaux commencés à l’époque de Mzali et arrêtés depuis ? Ces années- là étaient-elles plus fédératives ?
- l’incivisme et l’agressivité qui ne choquent plus personne, ainsi que les chauffards atrabilaires de tout bord, rendent la route infréquentable, voire dangereuse. Ici, l’absence des médias, ces sentinelles de l’empire, est flagrante.
- la restitution du trottoir au piéton sous réserve de le restaurer, et plus si …
- la création de nouvelles dessertes aériennes sur l’Afrique sub- saharienne.

Quand bien même ces lignes seraient peu rentables à leurs débuts, elles auraient eu au moins le mérite d’exister et favoriseraient l’exportation vers des horizons qui nous sont étrangers. C’est d’ailleurs là le rôle d’un service public.

Demanderait-on à hôpital d’être rentable ?

Libyens et Marocains, en nous devançant, ne s’y sont pas trompés.

- à revoir aussi : l’utilisation d’autobus hors gabarit par rapport à nos rues (prévus pour boulevards moscovites). Leur reconversion au gaz naturel afin de réduire les émissions de CO2 serait un début de réponse.
- l’implication du Ministère des Transports dans l’élaboration des plans d’urbanisme et des plans de circulation municipaux.

Pour tout ce qui précède, les réponses apportées sont obsolètes. Nous reprenons des poncifs réalisés ailleurs sans résultats probants, quand ils ne s’avérèrent pas désastreux.

Par exemple, la voie Tunis-banlieue nord, dont l’élargissement a coûté des dizaines de millions de dinars, pour le plus grand bénéfice des entrepreneurs de BTP et autres bureaux d’études, est déjà saturée du fait d’un appel supplémentaire de véhicules, même si quelques croisements importants ont été ou seront supprimés. L’achat programmé et annoncé de plusieurs bus supplémentaires n’arrangerait rien non plus.

Ne s’agissant pas d’un replâtrage, cette réponse n’est donc qu’une fuite en avant, un sursis à un problème autrement plus complexe.

A la question : Etait-ce la bonne solution ? On nous répond par un « c’est la solution la moins mauvaise ». Mais mauvaise, quand même.
C’est donc la preuve que nous faisons « fausse route » et qu’un autre art de nous déplacer ensemble reste à trouver.

C’est surtout une réflexion à long terme entre plusieurs disciplines.

Si, par exemple, nous remplaçons le terme "transport" par "déplacement", mot moins technocratique, plus générique, ceci pourrait susciter des réponses pleines de promesses et où le facteur humain trouverait sa place .
- l’urbanisation des campagnes stopperait certainement en partie la gourbification des villes et les soulagerait de la pression immobilière, et sa prolifération en lotissements.
- le rail serait un formidable vecteur de progrès et de développement comme il le fut et l’est encore sous d’autres cieux, avec les résultats et les avantages que l’on sait .

Et ne me dites surtout pas qu’il n’est pas rentable, argutie récurrente à bon compte, de PDG retardataires et inconscients de l’être, à recycler ou remiser, n’ayant jamais pensés qu’ils étaient là pour que ça marche, et bien.

Ce n’est là que quelques solutions plausibles et envisageables.
D’autres restent à trouver, et cela est tout le boulot de nos distingués experts, bardés de diplômes prestigieux mais, hélas, à l’imagination et à la créativité défaillantes.

Alors ce débat qu’on voulait citoyen, où certaines questions côtoyaient la flagornerie, où était-il ? N’était-ce qu’un leurre, ou une illusion.

Personnellement, je n’en ai pas perçu la moindre intention.
Un brillant exercice de communication, où tout a été préalablement mis en scène et réglé comme du papier à musique, mais aussi une frustration pour nous .

L’ERTT va-elle enfin s’abstenir d’infantiliser ses téléspectateurs et décider de les respecter ?

Heureusement que, dans ce pays, nous avons l’opportunité de voir sur d’autres chaînes de vrais débats, qui nous ont beaucoup appris . Alors doit-on conclure par un " doit mieux faire" ?!

FBM

18/11/2010

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