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Réforme des retraites : Réhabiliter la politique !

dimanche 7 novembre 2010

par Baccar Gherib

La réforme des retraites représente incontestablement la question de l’heure : tout changement dans le système affectera, en effet, directement et sensiblement la vie de millions de familles tunisiennes. Et les mobilisations, ces dernières semaines, à l’échelle des Unions régionales du travail expriment, en ce sens une inquiétude certaine par rapport à l’avenir des salariés.

Néanmoins, l’observateur de la scène politique remarquera facilement que le traitement de la question ne s’est pas hissé au niveau que méritent la gravité et les enjeux de celle-ci. Pire : il est clair qu’avec la question des retraites, on assiste, une nouvelle fois, à un vrai déni de la politique, qui se manifeste au moins à trois niveaux.
- Sur la forme, d’abord, avec l’absence – voulue ? – de débat. En effet, la manière avec laquelle le gouvernement aborde la question de la réforme des retraites montre à quel point celle-ci n’a pas, à ses yeux, à faire l’objet d’un débat libre et contradictoire débouchant sur une solution négociée entre toutes les parties prenantes, et qu’il la considère plutôt comme l’affaire d’un tête-à-tête avec la direction de l’UGTT. Une affaire de coulisses, en somme, puisqu’il s’agit d’obtenir, à l’abri des regards indiscrets, un accord engageant l’ensemble des salariés du pays !
- Sur le fond, ensuite, puisque la réforme est perçue – et présentée – comme la réponse à une évolution démographique qui est en train de renforcer, dans la population tunisienne, la part des plus de 60 ans par rapport à celle des 20-60 ans. Autrement dit, à un problème technique, solution technique, voire comptable : augmentation des cotisations, report de l’âge légal de départ à la retraite et diminution des pensions versées. Or, cette approche a plusieurs défauts.

D’abord, les experts estiment que, malgré les sacrifices qu’elle exige de la part des salariés, cette solution n’apporte pas une vraie solution au déficit des caisses sociales. Elle ne fait, au mieux, que retarder de quelques années la perspective de leur faillite.

Ensuite, et là est le plus important, une analyse sérieuse de la question montre qu’elle n’est pas strictement démographique, comme on veut nous le faire croire, mais qu’elle est plus largement économique. Car il est clair que, pour une bonne approche de la viabilité des caisses sociales, l’indice le plus pertinent à saisir n’est pas celui du nombre d’actifs par retraité mais celui du nombre d’actifs employés par retraité ! Autrement dit, l’approche du gouvernement fait l’impasse sur une donnée essentielle du problème : le chômage de masse. Il apparaît donc clairement que nos caisses ne souffrent pas tant de l’allongement de l’espérance de vie ou de la générosité des pensions distribuées que de la progression du nombre de chômeurs et de mal employés dans notre économie, ce qui constitue un frein à leur alimentation. Et là, on n’est plus sur le terrain des tendances lourdes de la démographie, qui s’imposent à tous, mais sur celui de la politique économique, où il faut faire preuve d’audace et d’imagination.

- Enfin, il devrait être évident qu’on ne peut pas aborder la question des retraites en l’isolant de l’ensemble plus large dans lequel elle s’inscrit : la protection sociale. Car on ne peut toucher à un élément du système sans s’interroger, ensemble, sur le contrat social qui nous lie, sur le type d’Etat providence que nous voulons et que nous pouvons nous permettre.

Cependant, du côté des salariés aussi, il faudrait avoir une pleine conscience du problème. Car face à la perspective d’un déficit des caisses sociales atteignant 3,5 milliards de dinars dès 2015, nul n’a intérêt à se murer dans une stricte position d’immobilisme et de refus. Il y va de notre avenir et de celui des générations futures. Il est donc du devoir aussi bien de l’UGTT que des partis de l’opposition progressiste de porter sur la scène publique un débat crucial que le gouvernement juge sans doute superflu. Et, pour ce faire, il faut pouvoir proposer des alternatives au projet de l’exécutif et montrer concrètement qu’à un problème économique et social, tel que celui-ci, il n’y a pas une seule solution possible.

A Ettajdid en tout cas, et comme l’ont montré les travaux du dernier Conseil national, la question des retraites est au cœur des préoccupations, et la décision a été prise de participer activement au débat en proposant au problème une solution qui tienne compte des intérêts des salariés et qui veille à ce que les sacrifices soient équitablement répartis.

La politique a certes à voir avec les valeurs et les principes, mais elle est appelée aussi à composer avec les problèmes issus du réel, à leur donner une réponse. En produisant une alternative, nous participerons, à notre niveau, à réhabiliter la politique face au formidable déni dont elle fait l’objet chez les uns et les autres.

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