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Si Lula était… méditerranéen… !

mardi 26 octobre 2010

Rached Hadj Salem

Dans mon enfance, je passais souvent de longs moments à contempler la mer. Son immensité, son odeur iodée et la diversité de ses couleurs durant l’après-midi m’attiraient. C’est ainsi qu’en contemplant le reflet du ciel, changeant au cours du temps et au gré de la brise qui l’ondule, et en écoutant le bruit des vagues, je me suis souvent fait piéger par la tombée de la nuit. Je devais alors parcourir quelques kilomètres pour rentrer chez-moi, seul et ne voyant pas où mettre les pieds. C’était un véritable supplice. Chemin faisant, mon cœur battait la chamade, et il m’arrivait d’entendre mon sang circuler dans mes veines. Alors, je me mettais à chantonner ou à siffloter afin de surmonter ma peur. Peine perdue : les sons que j’émettais n’étaient point rassurants et ma peur finissait toujours par me rattraper !

Aujourd’hui, quand je m’interroge sur mes anciens chantonnements et sifflotements, je me rends compte que c’étaient les pires mensonges et les plus inutiles que j’ai commis. En effet, en chantonnant, je pensais m’offrir un compagnon de route capable de dissiper ma frayeur. Pourtant, si j’avais été attentif à la voix tremblante de ce virtuel compagnon, j’aurais déduit qu’il était plus poltron que je ne l’étais moi-même et que, par voie de conséquence, j’aurais dû m’en passer.

Car, au lieu de me réconforter, il me déstabiliserait davantage. Par contre, en sifflotant, je pensais avertir quiconque se hasarderait à m’attaquer, qu’il aurait affaire à un caïd authentique. Malheureusement, les diverses interruptions affectant cet avertissement auraient dû suggérer à l’hypothétique agresseur de me murmurer « hou… hou… fais-moi peur ! » pour que le caïd que j’étais s’écroule foudroyé par ce chuchotement !

Comme il est loin, le temps où je prenais beaucoup de plaisir à contempler la mer ! Aujourd’hui, c’est souvent avec tristesse que je l’évoque. Car elle me renvoie l’image de ces clandestins qui, fuyant leurs pays « en quête d’un Eldorado », s’y laissent engloutir. Pourtant, il y a trois mille ans, du temps de Moïse, à l’est du delta du Nil, vers l’actuel Port-Saïd, la Méditerranée, contrainte ou complaisante, s’était retirée pour permettre à des fuyards « miraculés » de la traverser à pied sec. Injuste Méditerranée ! Incompréhensible Méditerranée ! Honte à toi tant que persistent les causes de ces immigrations clandestines ! Honte à moi si je ne dénonce pas toute dérive exploitant la misère des gens et si je ne m’interroge pas avec rage sur les sentiments que pourraient ressentir les gouvernants des pays dont sont issus ces « clandos » quand ils apprennent leur noyade ou leur refoulement des pays « hôtes » !

Cependant, et depuis que j’ai lu l’article « Lula et l’élection présidentielle au Brésil » paru sur Attariq Al Jadid du 16 au 22 octobre 2010- où H.S. souligne que, par respect pour la Constitution brésilienne qui interdit au Chef de l’Etat d’aller au-delà de deux mandats consécutifs, le président Lula da Silva - élu en 2002 et réélu en 2006- a préféré ne pas se porter candidat à la magistrature suprême de son pays et ce malgré sa grande popularité et malgré les propositions de changer le texte fondamental pour qu’il puisse se représenter- je m’interroge sur ce que ferait le sublime Lula s’il était en charge de la destinée de l’un des pays méditerranéens concernés par ces émigrations clandestines.

Certes, le magnifique Lula ne peut pas être en charge de la destinée de l’un des pays dont les ressortissants sont candidats à l’émigration clandestine méditerranéenne. Mais je continue à me demander : s’il en était autrement, qui d’autre qu’un fou à lier penserait fuir un tel faiseur de miracles ?

Rached Hadj Salem

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