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A propos de l’affaire Tarek Dhiab :

Quelques réflexions sur le sport et la politique

lundi 22 septembre 2008

[vert fonce]Le 4 octobre prochain, Tarek Dhiab, ancien footballeur international, commentateur sportif et ex vice-président de l’Espérance de Tunis, comparaîtra devant la justice pour « tentative de corruption d’un fonctionnaire durant l’exercice de ses fonctions ». Ce sera, désormais, l’épisode attendu de la tant débattue « affaire Tarek Dhiab », qui aura défrayé la chronique du sport – et de la politique – tout au long de cet été et qui aura été révélatrice de certaines caractéristiques du système politique dans notre pays.[/vert fonce]

Pourquoi toute affaire devient, chez nous, une affaire politique ?

Cette affaire pose, en effet, une question de fond qui a été soulevée (ingénument ?) par un groupe de soutien à Tarek Dhiab sur Facebook : « pourquoi toute affaire devient-elle, chez nous, une affaire d’Etat ? ». Autrement dit, pourquoi la politique vient-elle se mêler d’une affaire a priori strictement sportive ? Pourquoi constate-t-on, chez nous, à un degré très élevé, cette interpénétration malsaine entre sport et politique ? Pourquoi le sport y est-il à ce point sous tutelle ?

En fait, cette question a une portée plus générale et elle n’est nullement spécifique au domaine du sport. Elle a trait aux caractéristiques d’un système politique qui a tendance à envahir des domaines qui sont en principe étrangers à ses enjeux et à ses luttes. Même si c’est surtout le sport, le football en particulier, qui fait l’objet d’une attention et d’un contrôle particuliers de la part des autorités.

Cette caractéristique tient au fait que les expressions politiques sont contrôlées et refoulées ou fortement canalisées. Et comme elles ne se déploient pas librement dans la sphère politique, elles finissent par envahir, sous cet aspect contraint et rentré, toutes les autres sphères de l’activité sociale. Autrement dit, on se retrouve face à un paradoxe qui fait qu’à trop vouloir dépolitiser, par l’imposition d’un unanimisme factice, on rend tout politique. D’ailleurs, il est symptomatique que l’on dise, dans notre langage courant, de ceux qui manifestent une opinion critique et qui se distinguent, ce faisant, de la majorité silencieuse, qu’ils « font de la politique » !!

La confrontation de deux légitimités

Ainsi, il nous semble que c’est seulement en ayant à l’esprit cette caractéristique du système que l’on peut être à même de saisir tous les épisodes de l’affaire Tarek Dhiab, depuis les premières tentatives de limogeage à son limogeage effectif pour arriver, enfin, à son procès.
En gros, cette affaire peut être analysée – et a sans doute été perçue – comme la confrontation de deux types de légitimité : celle sportive (et populaire) du sportif d’exception et celle du système conféré au ministre (que plusieurs internautes ont affirmé avoir découvert à l’occasion de l’incident avec la star du football !)

Cette confrontation est assez rare pour être notée. Car le politique, à la fois fasciné et méfiant par rapport à la popularité des sportifs et des associations sportives, a toujours veillé à les récupérer et à les instrumentaliser, même de façon grossière. Les associations sportives tunisiennes sont les seules, à ce que je sache, qui appellent à voter pour un candidat lors d’élections présidentielles. Il en est même qui ont arboré, sans complexe, cet appel sur leurs maillots !

Cette récupération des sportifs se fait aussi par la recherche systématique de l’allégeance, qui est d’autant plus convoitée que le sportif (ou le sport) est populaire. Mais le public n’est pas dupe qui sent l’artifice de ces déclarations d’allégeance dont la systématicité jette un doute sur la sincérité. Il a, de ce fait, doublement apprécié la médaille d’or d’Oussama Mellouli quand, sur Al Jazira, directement après son exploit, il dédia sa médaille à ses parents … uniquement !

L’attitude de Mellouli, champion olympique, faisant suite à celle de Tarek Dhiab, a probablement été à l’origine de l’ « appel à d’autres fonctions » de M. Kaabi, considéré sans doute comme directement ou indirectement responsable de ces deux couacs successifs dans le mécanisme, pourtant bien huilé, de la manifestation de l’allégeance.
Les représailles du système

Ainsi, l’emprise de la politique sur le sport est telle que ceux qui ont soutenu Tarek Dhiab lors de la première tentative de limogeage, en le désignant comme militant du « changement », ont bien pris la précaution de souligner que ce soutien émanait de l’intérieur même du système et que, dès lors, il ne visait nullement à le contester !

Cet exercice était bien difficile. Il fallait soutenir Tarek Dhiab contre certaines personnes proches du pouvoir, sans que ce soutien ne soit interprété comme un acte de rébellion. Et cela n’a pu procurer au vice-président de leur club qu’un sursis de deux mois, jusqu’à l’incident de la tribune d’honneur du 5 juillet dernier.

Depuis cette date, en effet, il y a eu des représailles, par lesquelles le système a voulu rappeler l’existence de lignes rouges que toute personnalité publique, aussi charismatique et aussi populaire soit-elle, se doit de ne pas franchir. Il souligne, ainsi, qu’autant il est soucieux de récupérer et d’instrumentaliser la popularité des sportifs, autant il est prêt à sévir contre toute velléité d’émancipation… ou ce qu’il perçoit comme un refus d’allégeance.

Toujours est-il que le « système » n’a pas intérêt à mettre Tarek Dhiab en prison. Il a sorti son épée de Damoclès et il a rappelé certaines réalités. Il a maintenant juste besoin, ainsi que nous le suggère un chroniqueur sportif du journal Le Temps, de l’expression des regrets de celui qui a osé snober l’un de ses hommes. Seuls les prochains jours nous dévoileront l’issue de cette triste affaire où le pouvoir politique a montré, encore une fois, l’étendue de son emprise sur la société civile.

I. K.

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