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Sans discours, sans théorie...

L’école d’hier, d’aujourd’hui... Et demain ?

dimanche 17 octobre 2010

Taoufik Karkar

J’ai l’insupportable manie de vouloir me plonger dans la vie quotidienne des années 1900. Très souvent, je le fais en tant qu’adulte mais aujourd’hui, Journée mondiale de l’enseignant, j’ai eu la curieuse idée de refaire ce voyage à travers le temps en tant qu’enfant.

Que faisait un enfant en 1900 ? S’il avait la chance d’être bien né, il passait sans doute une bonne partie de sa journée à l’école. L’école en 1900 ? Parlons-en ! Comment était-elle ?

Ce n’est pas très difficile d’avoir une idée assez précise là-dessus : il suffit, si vous êtes à Tunis, de jeter un coup d’œil sur les écoles telles celles de Sadiki, de la rue de Pacha ou encore de la rue de l’Inde. Allez visiter ces écoles, ce sont de véritables bijoux d’architecture, abritant, en plus des salles d’étude- avec leur tableau, l’estrade, le bureau du maître, des tables bien alignées et quelques armoires- des espaces d’activités, une bibliothèque, un petit musée et parfois même un espace vert. Rien à envier aux écoles françaises telles que le lycée Carnot, pourtant établissement de prestige du protectorat français.

Mais laissons de côté cet aspect des choses et imaginons le vécu quotidien de ce chanceux écolier.

Sans nul doute, l’école était pour lui la fenêtre, l’unique fenêtre vers le monde extra-familial. Sa petite cervelle se nourrissait dans ses murs, et peut-être, le soir, chez lui, à la lumière de quelques chandelles, il replongeait dans son monde extra-familial en faisant des devoirs ou des lectures, car les livres, à cette époque, étaient sacrés, libérateurs et développeurs d’imagination.

L’école était tout pour lui, un pont vers le vaste monde que sont le quartier, la société, la ville, le pays. Sans doute, il jouait aussi, et se délassait dans les jardins publics ou à la campagne. Quand il y avait un cirque ou une pièce de théâtre dans la ville, alors c’était une grande fête à laquelle le maître d’école ne manquerait pas de l’amener. Une discussion en classe suivrait cet évènement exceptionnel.

Le maître d’école était vraiment un maître ! Il était l’unique personne à « formater » les petites cervelles, et de ce fait, sa tâche était à la fois très respectée et -disons- plus facile. La discipline était de règle à l’école, et les élèves attentifs. Il n’y avait ni internet, ni télévision, ni radio, ni peut-être même électricité ! L’acte éducatif se faisait à l’école et uniquement à l’école.

Revenons à nos années 2000 et cherchons notre école.

Les murs de l’école sont toujours-là, les salles de classe, avec leur tableau, l’estrade, les tables bien alignées. Mais les espaces d’activités ont disparu ou sont désertés, plus de bibliothèque d’école. L’école n’est plus aussi agréable à vivre qu’en 1900.
Mais le plus important dans tout ça, c’est que la vraie école d’aujourd’hui a éclaté les murs de l’école traditionnelle. L’enfant d’aujourd’hui, qui vit comme auparavant 24 heures par jour, doit absorber de gré ou de force tous les flux « éducatifs », souvent contradictoires, émanant de l’école, de la radio, de la télévision, de l’internet, et des jeux vidéo. L’enfant des villes ne connait pas la campagne et ne fréquente pas les jardins publics pour se délasser. Il reste le plus souvent cloué devant un écran.

Le maître d’aujourd’hui n’est plus le seul maître à bord. Il est concurrencé par le publiciste, le cinéaste, le présentateur d’émissions télé ou radio, le développeur de jeux vidéo et les instructeurs occultes de l’internet. Dans la petite cervelle de nos enfants d’aujourd’hui, les qualités de tel ou tel yaourt sont enseignées à la télévision ; la bravoure et la prouesse sont enseignées dans les jeux vidéo et les films numériques ; le sang coule entre deux yaourts ; l’attrait d’une lingerie intime accompagne les petites histoires roses ; la violence, nécessaire et inéluctable, est toujours là pour régler des problèmes ou des conflits entre de sympathiques héros. Et, bien entendu, il y a des sorciers, à l’école comme à la télé et sur l’internet, pour faire de la morale et de la science ici, et d’autres pour défaire ce qui est fait et inventer une autre morale et une autre science, ailleurs. Bref tout est là pour créer de la turbulence dans les cervelles, petites et grandes.

Que sera l’école de demain ? Elle est peut-être déjà en place. Elle n’est simplement pas encore structurée !

Pensons donc à la réinventer et à la restructurer !

Taoufik Karkar

10 octobre 2010

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Entrée principale du Lycée de jeunes filles de la rue de Pacha
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