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L’emploi et la formation professionnelle en « débat »( ?)

dimanche 10 octobre 2010

Mahmoud Ben Romdhane

De toutes les questions qui préoccupent les Tunisien(ne)s, la question de l’emploi est celle qui vient au premier plan de leurs soucis. Mardi dernier, ce thème était « en débat » à la télévision. C’était là l’occasion der voir comment cette question allait être traitée et la manière avec laquelle les « débats » sont organisés depuis l’instruction présidentielle visant à ouvrir le champ télévisuel.

Débattre, c’est, selon le dictionnaire, « discuter vivement sur un problème, l’étudier attentivement sous tous ses aspects ». Et un débat est « une discussion contradictoire, un échange d’opinions au cours d’une réunion organisée ».

De cela, il n’a point été question, ni sur la forme, ni sur le fond.

Sur la forme, d’abord. Le décor, à lui seul, restitue la réalité du « débat ». Il est constitué par un amphithéâtre où siègent, à la place du Professeur, le Ministre et, à la place des étudiants, les « participants ». Le mode de la communication obéit à la logique suivante : le ministre demande aux « participants » souhaitant poser des questions de lever la main. Ceux-ci s’exécutent et le ministre choisit l’un d’entre eux pour aller vers le pupitre poser sa question et, ensuite, retourner s’asseoir. Alors, le ministre répond. A la fin de sa réponse, il invite, à nouveau, les « participants » à se déclarer candidats pour poser leurs questions. De nouveau, des mains se lèvent dans l’assistance et le ministre choisit un nouveau participant parmi eux.

Le « format » du « débat » est du type où le « participant » pose son problème personnel et où le ministre lui apporte la solution. Celle-ci réside dans les programmes mis en œuvre ou à l’étude, sur instruction du Président de la République.

Pour ceux qui ont un rudiment de connaissances théâtrales, le décor planté est une restitution du monde dans lequel se déroule la scène. Dans notre décor, dans notre monde, il y a, à un pôle, un pouvoir omniscient, source des bienfaits, qui trône et, à l’autre pôle, des « citoyens » atomisés absorbés par Lui, soumis à Lui, et qui s’adressent à Lui afin qu’Il leur apporte remèdes à leurs inquiétudes.

Sur le fond, maintenant. Quels sont les problèmes sociaux ? Le « format » les occulte, car ils sont posés sur un mode individuel. Il faut savoir gré au ministre d’avoir évoqué : un taux de chômage « se situant, en moyenne, autour de 13 %, pouvant être inférieur ou supérieur à ce chiffre dans certaines régions et chez certaines catégories sociales », et une insuffisante adéquation entre les besoins du marché et les institutions de formation, « mais qui est en train d’être surmontée » : quels euphémismes !

La réalité, toute crue, est celle-ci :

des diplômés de l’enseignement supérieur de plus en plus nombreux – en croissance exponentielle- à être désespérés, car désœuvrés. Le phénomène est devenu ce que les sociologues qualifient de « phénomène de masse », car leur nombre se situe, aujourd’hui, à 200-250 mille, parce que chez cette catégorie, le taux de chômage est 4 fois plus important que chez les non qualifiés, etil doit se situer autour de 30 % ;
des familles de plus en plus nombreuses à être affligées par le spectacle quotidien de leurs enfants parvenus à l’âge adulte, ayant réussi tous les cycles de l’enseignement, mais qu’elles doivent nourrir et entretenir et, surtout, soutenir psychologiquement ;
une baisse dramatique de la qualité de l’enseignement et des diplômes à tous les niveaux ;

un système éducatif rejetant de plus en plus de jeunes avant qu’ils atteignent l’âge légal de scolarisation obligatoire de 16 ans ;
une économie structurellement incapable d’absorber les nouveaux flux, générant, pour l’essentiel, des emplois non qualifiés.

Ces problèmes ne sont pas en train de se résorber ; de jour en jour, leur acuité se fait de plus en plus vive. C’est dire que les politiques en vigueur ne sont pas à la hauteur des exigences.

Voici posés les termes du vrai débat autour de la question de l’emploi.

Et il y aura débat le jour où, non seulement seront posées les questions de société (et non les questions personnelles), mais, aussi seront respectées la dignité des participants et leur égalité de traitement

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